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05 mars 2008

National | Mercredi 05 mar 2008 | 19:43

L'opposition reproche au ministre Bernier ses commentaires sur Kohail

Par Karine Fortin, LA PRESSE CANADIENNE

OTTAWA - Le gouvernement fédéral a confirmé mercredi qu'il demanderait la clémence pour le Montréalais Mohamed Kohail, condamné à être décapité en Arabie saoudite. L'opposition craint toutefois que ces efforts soient compliqués par les récents commentaires des conservateurs au sujet de la peine de mort.

Ces derniers ont indiqué l'automne dernier qu'ils n'avaient plus l'intention d'intercéder systématiquement en faveur de Canadiens condamnés à la peine capitale à l'étranger. En dépit des pressions des trois partis d'opposition, ils ont décidé de ne pas plaider en faveur de Ronald Allen Smith, un Albertain détenu dans les couloirs de la mort du Montana depuis près de 20 ans.

D'après le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, et celui de la Justice, Rob Nicholson, le Canada décidera désormais "au cas par cas" et respectera les condamnations prononcées "au terme d'un procès équitable" dans un Etat de droit. Il a été impossible de savoir quels pays à part les Etats-Unis étaient visés par ces critères.

Or, comme le soulignent les libéraux, la décision d'Ottawa d'assister M. Kohail prouve cependant sans l'ombre d'un doute que l'Arabie saoudite n'en fait pas partie.

"Demander la clémence dans ce cas-ci équivaut à faire comprendre clairement à l'Arabie saoudite qu'elle a un système de justice avec lequel nous ne sommes pas d'accord, a-t-il souligné le député Dan McTeague, qui est souvent intervenu pour des Canadiens emprisonnés à l'étranger.

M. McTeague craint que cette affaire suscite la colère du royaume et réduise considérablement les chances du jeune Québécois d'origine palestinienne de voir sa condamnation renversée en appel ou d'être gracié.

"Quels que soient les efforts du premier ministre, tant qu'il ne clarifiera pas sa position et qu'il ne renoncera pas à cette politique insensée, perverse et rétrograde, la vie de M. Kohail est vraiment en péril", a-t-il insisté.

Les commentaires du ministre Bernier, qui a déclaré qu'il ferait de son mieux pour obtenir un autre verdict plus conforme aux valeurs canadiennes, n'ont rien pour le rassurer. A son avis, les conservateurs ont ainsi ajouté l'insulte à l'injure.

En plus de demander la clémence, le gouvernement canadien prévoit aider Mohamed Kohail à en appeler de sa sentence.

Pour sa part, la famille de M. Kohail exige la tenue d'un nouveau procès. D'après un porte-parole qui a demandé l'anonymat de crainte des représailles, ce serait la seule manière de prouver l'innocence du jeune homme de 23 ans, arrêté après une bagarre qui a mal tourné.

"Nous avons entendu dire que le gouvernement interviendrait pour demander la clémence, mais nous voulons un nouveau procès. Nous sommes certains qu'il n'a rien fait de ce qu'on lui reproche", a-t-il confié lors d'un entretien téléphonique.

Le premier procès de Mohamed Kohail a consisté de neuf audiences d'une durée totale de 90 minutes. Selon le porte-parole, le verdict et la peine de lundi ont pris tout le monde par surprise, y compris les officiels canadiens, qui suivaient le dossier.

La mère du condamné était trop bouleversée pour parler mercredi. "J'ai peur pour ma famille", a-elle néanmoins réussi à dire, entre deux sanglots. Son autre fils, Sultan, est lui aussi accusé de meurtre. Il est en liberté sous caution dans l'attente d'une audience qui doit avoir lieu dans un mois.

Les deux frères sont citoyens canadiens et vivaient dans la métropole québécoise jusqu'en 2006.

Tant le Bloc québécois que le Nouveau Parti démocratique se sont dits préoccupés par le sort du jeune Kohail ainsi que par la manière dont Ottawa entend s'y prendre pour obtenir qu'on ne lui tranche pas le cou sur la place publique, comme le prévoit sa sentence.

Pour Vivian Barbot, porte-parole adjointe du Bloc en matière d'affaires étrangères, les conservateurs appliquent "une politique bancale qui n'a pas sa place en diplomatie". Selon elle, l'approche du gouvernement est "inadmissible", "discrédite le Canada" et va à l'encontre des valeurs des Québécois.

Le chef néo-démocrate Jack Layton attend de voir comment le gouvernement mène sa barque. "On a vu à d'autres reprises que le gouvernement n'était pas prêt à agir avec l'énergie et la force essentielle et nécessaire pour accomplir des résultats", a-t-il fait valoir à l'issue de la période des questions.

"Le gouvernement doit vraiment défendre les intérêts de ce Canadien, mais c'est important qu'on ait une politique pour défendre n'importe quel Canadien qui est dans une telle position", a-t-il ajouté.

Les critiques ne semblent cependant pas près de faire broncher le gouvernement. En l'absence du ministre Bernier, qui participe ces jours-ci à des rencontres avec l'OTAN et l'Union européenne, son collègue de la Justice, Rob Nicholson, a pris la parole en Chambre pour répéter que "la politique du gouvernement n'avait pas changé".