Économie
30 mai 2008
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M. Rousseau, qui était le grand patron de la Caisse depuis le 1er septembre 2002, restera à la disposition du conseil d'administration et de la direction de l'institution à titre de conseiller jusqu'au 31 août prochain, "afin de favoriser une transition ordonnée", a précisé la société d'Etat dans un communiqué.
Il se joindra au groupe Power en janvier prochain.
Le président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, a reconnu que ce départ était inattendu.
"De la façon dont M. Rousseau dirigeait la Caisse, tout le monde était très satisfait, a dit M. Brunet en entrevue. Le conseil d'administration, les cadres, les employés, le gouvernement, tout le monde pensait que c'était pour l'éternité probablement.
"Après presque six ans, il a réfléchi. Il a 60 ans. Il se demande s'il doit continuer pour un autre cinq ans ou faire une carrière différente et relever de nouveaux défis. Sa décision a été de relever de nouveaux défis. (...) Il a fait sa marque, il a fait un grand boulot à la Caisse. On le reconnaît", a ajouté M. Brunet.
Le président du conseil a souligné que sous la direction de M. Rousseau, la Caisse a obtenu des résultats financiers "de premier ordre", se classant sur une période de cinq parmi les premiers cinq centiles des gestionnaires de grandes caisses de retraite canadiennes. Entre 2002 et 2007, l'actif net des déposants a doublé, passant de 77,7 milliards $ à 155,4 milliards $.
Le conseil d'administration de la Caisse a confié au chef de la direction du placement, Richard Guay, le soin d'assumer les responsabilités de M. Rousseau de façon intérimaire, jusqu'à la nomination d'un nouveau président et chef de la direction. M. Guay est à l'emploi de la Caisse depuis 1995 et chef de la direction du placement depuis 2006.
Dans le communiqué de la Caisse, M. Rousseau explique que la publication des résultats 2007 a coïncidé avec la fin d'un premier mandat de cinq années complètes à la direction de la Caisse, ce qui constituait une étape importante et exigeait une réflexion de sa part.
Il a ajouté que, comme la nouvelle loi sur la Caisse adoptée en 2004 fixe à cinq ans la durée des mandats du président et chef de la direction, le moment était également propice à un changement à la direction, d'autant que les six prochains mois seront consacrés à l'élaboration du nouveau plan stratégique 2009-2011.
Selon lui, cette fenêtre était indiquée pour relever un nouveau défi professionnel dans le secteur privé.
Henri-Paul Rousseau se joindra à Power Corporation et la Financière Power le 1er janvier 2009 et, aux prochaines assemblées annuelles des deux sociétés, prévues pour mai 2009, M. Rousseau sera proposé comme candidat à l'élection aux conseils d'administration et comme vice-président du conseil des deux sociétés.
Avant d'être nommé à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2002, M. Rousseau avait occupé pendant huit ans le poste de chef de la direction de la Banque Laurentienne.
L'ex-premier ministre Bernard Landry, celui-là même qui avait nommé Henri-Paul Rousseau à la tête de la Caisse de dépôt, a lui aussi exprimé sa surprise de le voir quitter son poste. M. Landry estime que M. Rousseau aura été un grand gestionnaire et il en prend pour exemple la manière dont il a navigué à travers la débâcle du papier commercial adossé à des actifs.
"Il a probablement affronté la période la plus compliquée de l'histoire contemporaine de la Caisse. Parce que l'aventure comme celle des papiers commerciaux, on n'a pas vue ça souvent. Non seulement il l'a bien gérée pour la Caisse, mais il a été l'âme du règlement pour les autres. C'est lui qui a été l'inspirateur des formules retenues pour limiter les dégâts", a dit M. Landry.
Eloge de Jérôme-Forget
La ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, lui a rendu un éloge bien senti, estimant qu'il s'agit d'"une grosse perte pour le gouvernement".
"J'étais triste et presque atterrée d'apprendre la nouvelle, a-t-elle déclaré. C'est une bien triste nouvelle pour moi, parce que j'estime que cet homme est un homme remarquable, plein d'énergie, brillant, avec une connaissance économique également et un charisme qu'il transportait dans l'organisation et même à l'intérieur du gouvernement."
Mme Jérôme-Forget affirme avoir même tenté de le retenir. "J'aurais souhaité qu'il reste, mais vous comprendrez que je respecte le choix des gens", a-t-elle dit aux journalistes, lorsqu'elle les a rencontrés à l'issue de la réunion des ministres des Finances fédéral et provinciaux.
Mme Jérôme-Forget a également relevé sa performance financière à la Caisse de dépôt. "Il a eu des résultats remarquables, tout le temps qu'il a été là", a-t-elle dit.
L'opposition péquiste demande pour sa part au gouvernement de ne pas nommer de successeur à Henri-Paul Rousseau avant la tenue d'un débat sur la mission de l'organisme.
Le député péquiste porte-parole en matière de Finances, François Legault, veut un débat en bonne et due forme à l'Assemblée nationale sur les orientations prises par la Caisse en matière de développement économique et de maintien des centres de décision au Québec.
Selon lui, une majorité de députés présents à l'Assemblée nationale "ne sont pas d'accord avec l'approche actuelle" de l'institution sur ces questions.
De son côté, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a réagi au départ de M. Rousseau en critiquant les pertes subies, sous sa gouverne, à la suite de placements importants de la Caisse dans le papier commercial adossé à des actifs.
Selon lui, "la folie des rendements" imposés à la Caisse "a amené une certaine dérive", et il dit souhaiter que le prochain président saura bien gérer ce dossier.