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International | Mercredi 06 aoû 2008 | 19:20Alexandre Soljenitsyne reposera dans le monastère moscovite de Donskoï |
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Par Paul Sonne, THE ASSOCIATED PRESS
MOSCOU - Alexandre Soljenitsyne, connu pour sa profonde foi orthodoxe, a été inhumé mercredi, conformément à sa volonté, dans le cimetière du monastère moscovite de Donskoï à l'issue d'une cérémonie religieuse solennelle en présence du président russe Dimitri Medvedev.L'écrivain russe, longtemps incarnation de la dissidence pour avoir révélé au monde l'horreur du goulag soviétique, est décédé dimanche soir d'une insuffisance cardiaque aiguë dans sa datcha d'un faubourg ouest de la capitale. Il avait 89 ans.
Ses dernières volontés ont été respectées. Il y a cinq ans, l'auteur de "L'Archipel du goulag" avait adressé une requête au patriarche Alexis II en personne pour qu'il lui donne l'autorisation d'être inhumé dans ce monastère où nombre de grandes personnalités culturelles et religieuses russes ont été portées en terre depuis des siècles. Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies lui avait donné sa bénédiction.
Le corps de l'écrivain repose dans une tombe préparée spécialement pour lui, derrière l'autel de l'église de Saint Jean Climaque, dans le vieux cimetière de ce monastère du XVIe siècle garni de coupoles de briques roses où sont enterrés de grands moines, poètes, philosophes, mais aussi des victimes de la police secrète de Staline.
Soljenitsyne voulait éviter, par dessus tout, d'être inhumé dans le cimetière officiel de Novodevitchi aux côtés de dirigeants comme Nikita Khrouchtchev ou Boris Eltsine.
Le président Medvedev a interrompu sa tournée dans une série de villes sur la Volga pour assister aux obsèques de cet ancien paria du régime soviétique, déchu de sa nationalité, expulsé de son propre pays, exilé durant vingt ans, avant d'être réhabilité et de rentrer triomphalement dans une Russie post-communiste en 1994.
En pénétrant dans la principale église du monastère, le chef de l'Etat portait une gerbe de roses rouge sombre. Il s'est entretenu durant quelques minutes avec la veuve de Soljenitsyne, Natalia, et ses trois fils.
Rien n'avait été oublié pour cette cérémonie digne de funérailles nationales: des gardes d'honneur marchant au pas de l'oie, des coups de canon, une fanfare militaire, une nuée de prêtres orthodoxes en robe blanche, des chants funèbres solennels entonnés par un choeur religieux.
L'assistance était surtout composée de personnes âgées, certaines portant des bouquets d'oeillets ou de roses, venues rendre un dernier hommage à cette icône de la dissidence, dont le corps était exposé dans son cercueil ouvert, comme la veille dans le grand hall de l'Académie des sciences de Moscou.
Ces admirateurs anonymes semblaient suffisamment âgés pour se souvenir du coup de tonnerre provoqué par ses premiers ouvrages, "Une journée d'Ivan Denissovitch", "Le Premier Cercle", "Le Pavillon des cancéreux" et surtout "L'Archipel du goulag", ouvrages décrivant le système concentrationnaire en URSS et les horreurs des camps de travaux forcés (goulags) depuis les premières années de la révolution bolchevique jusqu'au stalinisme.
Mais, pour beaucoup de jeunes Russes d'aujourd'hui, Soljenitsyne apparaît comme le symbole austère d'une époque révolue, à l'héritage aussi complexe que le personnage lui-même. L'écrivain s'était aussi aliéné les réformateurs en raison de ses positions nationalistes et de son soutien à la politique de l'ancien président russe Vladimir Poutine.
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