
National | Samedi 29 mar 2008 | 16:53Les journalistes pourraient avoir plus de misère à rencontrer des détenus |
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Par Tamara King, LA PRESSE CANADIENNE
WINNIPEG - Les directions d'établissements pénitenciers au Canada ont reçu la directive de refuser aux journalistes l'accès à des détenus s'ils redoutent que puissent être abordés des sujets sensibles tels que la fabrication d'une bombe ou le système de sécurité de la prison.Une politique plus large permet déjà au Service correctionnel du Canada de refuser les demandes des médias si on estime que la couverture risque de mettre un détenu en danger ou de contrecarrer les objectifs visés par la direction pour un détenu.
Le gestionnaire régional des communications pour le Service correctionnel du Canada dans la région des Prairies, Jeff Campbell, a déclaré que la première préoccupation est la sécurité du public.
Les directives d'Ottawa, que M. Campbell dit avoir reçu l'année dernière, stipulent que les journalistes doivent expliquer en détails les raisons pour lesquelles ils sollicitent une entrevue avec un détenu afin que la requête puisse être examinée par une équipe de gestion.
M. Campbell a précisé "que si on veut parler de la manière de fabriquer une bombe ou de comment déjouer le système de sécurité de la prison, certainement, cela sera inquiétant pour la sécurité de l'établissement".
Le criminologue montréalais et directeur d'un groupe de défense des droits des prisonniers, Jean-Claude Bernheim, a estimé que ces directives ne faisaient pas beaucoup de sens et que la liberté de presse devait s'appliquer aux détenus.
Le Service correctionnel du Canada s'est défendu de vouloir contrôler le message, et a noté que seulement une infime partie des demandes des médias sont refusée.
"Si un détenu dit à un journaliste "le 8 juillet je vais me rendre chez cette personne et je vais brûler sa maison", je crois que cela menace la sécurité de cette personne, a soutenu M. Campbell. C'est un exemple extrême, évidemment, mais, encore une fois, c'est le genre de chose qui doit être examinée".
Tout en admettant l'importance d'assurer la sécurité du public, le criminologue Jean-Claude Bernheim rejette la supposition qu'un reportage ou un article sur un détenu puisse traumatiser une victime, faisant valoir que ces détails seraient de toute façon révélés en cour ou lors d'audiences en libération conditionnelle.
Craig Jones, du groupe d'avocats de la John Howard Society, n'avait pas entendu parler de ces directives mais ne s'en est pas étonné étant donné le climat politique actuel à Ottawa. "Le gouvernement veut tout contrôler en terme de communications", a-t-il soutenu.
Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, qui est ultimement responsable du système carcéral, a renvoyé toutes les questions au Service correctionnel du Canada.
Le directeur des relations avec les médias, Guy Campeau, a réfuté les critiques qui disent qu'Ottawa "ne veut pas que certaines personnes discutent avec certains détenus". "Nous avons des directives très claires, qui se retrouvent dans la politique générale, a précisé M. Campeau, et nous les observons."
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