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Karadzic en prison à La Haye

Photo: ASSOCIATED PRESS / Fred Ernst

International | Mercredi 30 jui 2008 | 12:37

Karadzic en prison à La Haye

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Par Mike Corder, ASSOCIATED PRESS

LA HAYE, Pays-Bas - Belgrade aura mis 13 ans pour arrêter Radovan Karadzic, mais seulement neuf jours pour le livrer à la justice internationale, mercredi. L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie doit être présenté à un juge jeudi, mais son procès pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité ne s'ouvrira probablement pas avant des mois et pourrait durer plusieurs années.

"Il faudra quelques mois pour que l'accusation et la défense soient prêtes à commencer le procès", a estimé le procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) Serge Brammertz.


L'arrestation de l'un des criminels de guerre les plus recherchés du monde est "immensément importante pour les victimes qui ont dû attendre ce jour pendant trop longtemps", a ajouté le magistrat belge, elle montre "qu'il n'existe pas de refuge sûr pour les fugitifs".


M. Brammertz a déclaré que l'ex-dirigeant serbe pourrait être jugé en même temps que son comparse le général Ratko Mladic si celui-ci, également inculpé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, était rapidement capturé. En attendant, Radovan Karadzic devrait être présenté jeudi à un juge du TPIY qui lui demandera quelle sera sa ligne de défense.


A Belgrade, l'avocat de l'intéressé, Me Sveta Vujacic, a affirmé que son client ne dirait qu'à la fin du délai légal, soit 30 jours, s'il plaide coupable ou non coupable des onze chefs d'accusation retenus contre lui. Le conseil a par ailleurs reconnu qu'il n'avait pas fait appel du transfert de Belgrade vers les Pays-Bas.


Arrivé tôt mercredi à La Haye, Radovan Karadzic a voyagé à bord d'un avion du gouvernement serbe, selon le TPIY, qui a refusé d'en dire plus afin de ne pas compromettre d'éventuelles prochaines opérations du même genre, avec Mladic par exemple.


Quelques heures avant le départ du prisonnier de Belgrade mardi soir, quelque 15.000 extrémistes serbes ont manifesté dans la capitale serbe pour exiger la suspension de la procédure. Plusieurs centaines de participants ont jeté des pierres et fusées éclairantes sur les policiers, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et balles de caoutchouc. Plus de 80 personnes, dont une cinquantaine de policiers, ont été blessées, selon des sources médicales. Le Parti radical serbe (SRS), pour qui Karadzic reste un héros du rêve de Grande Serbie, a promis des manifestations quotidiennes.


Les procureurs du TPIY considèrent Karadzic comme l'instigateur des atrocités commises pendant la guerre de 1992-95 en Bosnie, et notamment du massacre de quelque 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en 1995, du siège meurtrier de Sarajevo, la capitale bosniaque, ainsi que de la détention de dizaines de milliers de Bosniaques dans 20 camps où ils étaient torturés, affamés et violés.


Pour les spécialistes, seul l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, mort en 2006 pendant son procès au TPIY, a joué un rôle plus important que Karadzic dans les crimes de la guerre de Bosnie. Les autorités serbes affirment avoir arrêté le fugitif le 21 juillet dernier à Belgrade, alors qu'il vivait sous le nom de Dragan Dabic, travaillant comme gourou de la médecine alternative.


L'homme, âgé de 63 ans aujourd'hui, avait renoncé à son célèbre casque de cheveux poivre et sel, se laissant pousser les cheveux et une longue barbe blanche qui le rendaient méconnaissable. Pendant son bref séjour en prison à Belgrade, il est cependant revenu à sa coupe habituelle, selon son avocat, et ressemble de nouveau au Karadzic de la guerre de Bosnie, quelques années en plus.


La porte-parole du TPIY, Nerma Jelacic, a assuré que le tribunal onusien ferait pour garantir "autant que possible le bien-être et le droit (de l'accusé) à un procès équitable satisfaisant aux normes internationales les plus élevées".


Le centre de détention du TPIY occupe une aile séparée de la prison néerlandaise de haute sécurité de Scheveningen, une banlieue côtière de La Haye non loin du Tribunal où comparaîtra Karadzic. Le prisonnier devait passer un examen médical et se soumettre à des procédures d'identification incluant la prise d'empreintes digitales et de photographies.

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