
National | Vendredi 30 mai 2008 | 17:48Le Marché climatique de Montréal débute sur fond de conflit politique |
» Options
» Taille du texte
|
Par Sylvain Larocque, LA PRESSE CANADIENNE
MONTREAL - C'est sur fond de conflit politique entre Québec et Ottawa que le Marché climatique de Montréal (MCeX) a amorcé ses activités, vendredi.Les courtiers ne se sont pas rués: tout juste trois contrats à terme liés aux émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été négociés pendant la journée: deux pour juin 2011 et un pour décembre 2011. Le premier contrat s'est échangé à 9,50 $ et le dernier, à 11 $. Il s'agit, par conséquent, du prix le plus récent attribué à l'émission d'une tonne de CO2.
Investir dans ce produit dérivé doit notamment permettre aux entreprises polluantes de gérer leur risque face aux obligations de réduction des émissions de GES qui entreront en vigueur en 2011 au Canada. En achetant dès maintenant un contrat pour 2011, elles espèrent obtenir un meilleur prix sur les crédits compensatoires qu'elles devront se procurer pour se conformer aux exigences de réduction.
Les entreprises et les organismes qui réduisent leurs émissions au-delà des cibles gouvernementales pourront prendre une position vendeur au CMeX afin de couler dans le béton un prix qu'elles jugent avantageux pour vendre leurs crédits. Le marché sera aussi ouvert aux investisseurs institutionnels qui veulent gérer le risque associé au carbone dans leurs portefeuilles de même qu'aux purs spéculateurs.
A titre de partenaires du MCeX, la Caisse de dépôt et placement du Québec, Rio Tinto Alcan et SNC Lavalin auront droit à un rabais de 30 pour cent sur les frais de transaction.
"Le marché canadien promet d'être très, très important", a déclaré vendredi le président et chef de la direction du Chicago Climate Exchange (CCX), Richard Sandor. Le MCeX est une coentreprise de la Bourse de Montréal et du CCX, qui a été le premier parquet d'échange de crédits de carbone au monde.
"Le carbone est la plus importante récolte du Canada, devant le canola", a-t-il lancé, faisant référence à l'explosion des émissions de GES découlant de l'exploitation des sables bitumineux, dans l'Ouest.
Charest attaque Ottawa
Présent à l'inauguration, le premier ministre Jean Charest n'a toutefois pas pu s'empêcher de souligner que le gouvernement fédéral n'avait mis en place que le "cadre réglementaire minimal" pour permettre au MCeX de fonctionner.
"On demande au fédéral de changer son approche pour qu'on puisse avoir des systèmes de réduction de gaz à effet de serre qui sont compatibles avec les efforts planétaires", a lâché M. Charest.
Le gouvernement québécois reproche à Ottawa de ne pas avoir établi des cibles de réductions absolues, mais plutôt des objectifs qui peuvent croître avec la progression de l'économie. Il déplore aussi que l'année de référence utilisée pour comparer les progrès accomplis soit 2006, et non 1990 comme le prévoit le protocole de Kyoto.
A cela, le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, aussi présent au lancement, avait sa réponse toute prête. Selon lui, les mesures des conservateurs vont tout de même mener à une réduction absolue des émissions au Canada. Pour ce qui est de l'année de référence, il a souligné que les provinces ne s'entendaient pas entre elles à cet égard.
Outre la faiblesse relative des cibles à atteindre, l'autre problème auquel fait face le MCeX est la rareté des projets de réduction des émissions de GES qui se traduiront par des crédits compensatoires accessibles aux entreprises polluantes. Le ministre Baird reconnaît le problème et assure qu'Ottawa y travaille.
Le MCeX subit aussi la concurrence du Fonds technologique mis en place par Ottawa, dans lequel les entreprises polluantes pourront contribuer au lieu de réduire leurs émissions ou d'acheter des crédits.
Quoi qu'il en soit, tant M. Charest que M. Baird et les dirigeants du MCeX croient que le nouveau parquet est promis à un brillant avenir.
"J'avancerais que la plus grande partie de la création de richesse au 21e siècle proviendra de la négociation en Bourse de biens publics comme l'air", a affirmé M. Sandor, reconnu comme le père des contrats à terme.
"Pourquoi l'air canadien ne serait-il pas plus important - ou à tout le moins aussi important - que la nourriture?" a-t-il demandé. "Je sais que nous pouvons montrer que des incitatifs financiers peuvent contribuer à atteindre des objectifs sociaux et environnementaux."
| Aussi sur corusnouvelles.com | |
|
» La météo » La circulation » Des nouvelles à la carte » Les grandes entrevues » Fils RSS et baladodiffusion |
» Archives » Voyages » Ajouter ce site à vos favoris » Mettre ce site au démarrage |