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Tabagisme: l'Égypte se lance dans la prévention

International | Mardi 17 jun 2008 | 11:57

Tabagisme: l'Égypte se lance dans la prévention

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Par Paul Schemm, THE ASSOCIATED PRESS

LE CAIRE- L'Egypte, pays grand consommateur de tabac, se lance à son tour dans la prévention. Dès le 1er août, tous les paquets afficheront des visuels très explicites avertissant des dangers de cette pratique. Une étape importante dans un pays où la prise en compte des dangers du tabac était jusque-là quasiment inexistante.

Avec des photos d'homme mourant sous un masque à oxygène, d'enfant toussant ou encore d'une cigarette molle, symbole d'impuissance masculine, les messages se veulent forts: "J'aimerais arrêter, mais je n'y arrive pas. La photo d'un homme malade me fait de l'effet, c'est un encouragement pour arrêter", confie Oussama Sabri Mohammed, fonctionnaire de 39 ans, qui tire sur sa cigarette à l'extérieur d'un bâtiment gouvernemental du sud du Caire.


La photo de la cigarette molle accompagne l'avertissement prévenant que "fumer longtemps a un effet sur les relations conjugales", un message un peu plus évasif que la version européenne, qui accuse le tabac de rendre les hommes impuissants, et qui montre un couple de jeunes mariés faisant chambre à part.


Douze pays, notamment le Canada, la Jordanie, le Brésil et la Thaïlande, exigent que des photos des effets du tabac soient imprimées sur les paquets de cigarettes. Beaucoup ont fait part du succès de cette démarche, tout du moins sur la conscience qu'ont les fumeurs du danger.


Cette campagne se heurte toutefois aux fumeurs les plus "accros". L'Egypte fait partie des 15 pays du monde les plus consommateurs de tabac sous toutes ses formes: près de 60% des hommes adultes fument dans une population de 79 millions d'habitants. Aux Etats-Unis, ils ne sont plus que 24%.


Quant aux femmes égyptiennes, elles ne seraient que 2% à tirer sur leur cigarette. Un chiffre sous-évalué, selon les chercheurs pour lesquels le tabou encore très ancré dans les mentalités pousse les femmes à ne fumer que dans la sphère privée.


En Egypte, des ascenceurs aux salles de bain, on trouve des cendriers partout. Se passer une cigarette ou fumer la chicha fait partie de la vie courante. Le tabagisme est même répandu chez les professionnels de santé, dont près d'un tiers fument.


L'Egypte a donc un véritable défi à relever. Ce pays a une vraie culture du tabac, incrustée dans la vie quotidienne, observe Gary Saffitz, directeur-adjoint du centre de santé publique pour les programmes de communication à l'Université Johns Hopkins, qui soutient la campagne de prévention égyptienne.


D'après lui, "le gouvernement semble avoir pris conscience de la profondeur de ce problème de santé publique, pas seulement en terme de vie, aussi en terme de coût des pathologies collatérales".


La première étape remonte à 2005, au moment où l'Egypte a ratifié la Convention mondiale sur le contrôle du tabac. Dans la foulée, la cigarette a été interdite dans les aéroports et le métro cairote. Depuis 2007, il est même interdit de fumer dans les bâtiments publics, bien que la mise en application soit toujours un problème.


En Egypte, en effet, l'idée de la mort ne fait pas peur, les Egyptiens la considérant comme "normale". C'est pourquoi les avertissements sanitaires mettent plutôt en scène les effets collatéraux du tabac: des enfants qui toussent, des femmes enceintes en péril, le risque d'impuissance...


"Nous avons besoin de messages forts qui choquent le fumeur au point qu'il se sente en grand danger", renchérit le Dr Mohammed Mehrez, qui dirige le département de contrôle du tabac.


Dans ce pays, beaucoup d'idées reçues doivent être combattues: certains pensent ainsi que seules les cigarettes légères conduisent à l'impuissance. D'autres estiment que seuls les paquets affichant des personnes malades du poumon sont toxiques, certains commerçants en profitant pour vendre les autres plus cher... Enfin, comme partout ailleurs, même avertis, les fumeurs ne veulent pas renoncer à leur cigarette.


"Les gens vont simplement arracher les étiquettes", résume Hassan Mahmoud, 60 ans, qui, chaque jour, fume trois ou quatre paquets de cigarettes locales.

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